Emmanuel Hoog : « Trop de mémoire tue l’histoire » – LeMonde.fr

octobre 26, 2009 at 4:45

Emmanuel Hoog, 47 ans, est président-directeur général de l’Institut national de l’audiovisuel (INA) depuis 2001. Il vient de publier Mémoire année zéro (Seuil, 210 p., 18 euros).

« L’histoire est scientifique, la mémoire est politique, le souvenir est privé », écrivez-vous, pour constater qu’il y a aujourd’hui une confusion. D’où vient-elle ?

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Notre demande de mémoire a grandi plus vite que notre capacité à produire de l’histoire. Voilà ce que j’appelle l’« inflation mémorielle ». Trop de mémoire tue l’histoire. Paradoxalement, faute de repères historiques clairs, nous nous réfugions dans la nostalgie, aggravée aujourd’hui par le phénomène d’Internet, qui fait mémoire de tout. Désormais, le concept s’est privatisé : on ne se contente plus du quart d’heure de célébrité promis à chacun par Andy Warhol, tout le monde veut sa part de mémoire, à travers lui-même, à travers le numérique.

Autrefois, il y avait une organisation de la mémoire fondée sur une raison critique, qui s’incarnait dans les bibliothèques, les musées ou les archives, mais cela n’a pas empêché l’émergence de toutes sortes de discours souvent caricaturaux sur l’Occupation, la Résistance ou la décolonisation. Le couple identité-mémoire fondé sur l’émotion a pris le pas sur le couple identité-histoire fondé sur la raison, créant un rapport de doute, d’interrogation sur ce que nous sommes.

Vous analysez aussi le concept d’identité nationale et ses dangers. Est-il mis en avant aujourd’hui à cause de cette confusion ?

La gêne est incontestable. D’autant plus grande lorsque l’on se dit européen, héritier des Lumières et appartenant au camp du progrès. Néanmoins l’histoire de France existe. Des savants comme Fernand Braudel ou Claude Lévi-Strauss ont interrogé son identité.

Sur le plan politique, des forces extrêmes se sont emparées de cette idée. Et elle est revenue sur le devant de la scène il y a quelques années, en particulier à travers la campagne présidentielle de 2007. Avec, bien souvent, des réponses maladroites qui renvoient à la faiblesse non pas historique mais politique de cette notion. La vraie réponse sur l’identité est culturelle, et non sécuritaire.

Justement, vous soulignez à quel point la culture structure l’identité française, et vous mentionnez la présence culturelle française à l’étranger. Mais la France, qui n’a pas su se doter d’une institution comme le British Council, remplit-elle vraiment son rôle culturel, internationalement ?

La situation française est paradoxale. A l’étranger, notre pays revendique sa culture comme un élément essentiel de sa présence au monde, et tient un discours très généreux sur l’ouverture à l’autre et les vertus de la diversité. Mais, lorsque nous portons un regard sur nous-mêmes, nous ne sommes pas au clair avec notre histoire ni avec notre culture, qui est aujourd’hui celle d’un pays pluriel, multicolore. La multiplication des commémorations, les récentes « lois mémorielles » me paraissent symptomatiques de ce malaise qui, au-delà des problèmes institutionnels, nous empêche peut-être d’être à la hauteur d’une ambition internationale pourtant maintes fois revendiquée, portée avant tout vers l’avenir.

Au début du livre, vous parlez de « déprime hexagonale ». Plus loin, vous décrivez « l’autoflagellation » comme « un sport national ». Comment expliquer cette passion française de se dénigrer ?

D’abord une forme d’égotisme, un plaisir à se regarder. Aussi le refus de regarder l’autre, de regarder l’avenir. Et puis, c’est une manière d’éviter que les autres nous jugent à notre place. Quand on a le sentiment d’avoir été au centre du monde, de lui avoir donné Montesquieu, la Déclaration des droits de l’homme ou les impressionnistes, imaginer que le monde pourrait se passer de nous est d’une violence extrême. Les Français se disent que l’Histoire n’est pas finie mais qu’elle pourrait désormais se faire sans eux. Etre déclassé, voilà la peur.

Politiquement, cette inquiétude est parfaitement identifiée. La volonté de se réinscrire dans la marche du monde fait l’objet d’une attention permanente de nos dirigeants. Avec une difficulté majeure : celle de la discordance des temps médiatique, politique et historique. La technique aidant, la mémoire, le besoin d’identité et d’appartenance à un groupe se glissent au coeur de cette désynchronisation. Les réseaux sociaux explosent : Facebook, Twitter, etc. Dans ces espaces-là, il n’existe que des groupes d’individus fondés sur des affinités électives, il n’y a pas de nation – ou du moins pas encore.

Face à ce que vous appelez « l’inflation mémorielle », vous plaidez pour la mise en oeuvre d’une politique de la mémoire…

Il y a toujours eu des politiques de la mémoire. Par exemple, je me suis aperçu que dans les fonds de l’INA il y avait toute l’histoire de l’Algérie, de la Tunisie, du Maroc, de toutes les colonies africaines. Quand la télévision algérienne voulait des images d’avant 1962, elle devait les acheter. J’ai proposé aux pouvoirs publics de les donner. Quand je suis allé porter ces documents en Algérie, j’ai reçu un accueil extraordinaire. Mais, dans la seconde, sur le Net, j’ai vu apparaître des « Hoog fellagha ! », des caricatures, des insultes, anonymes bien sûr. La construction d’un espace méditerranéen passera par une histoire partagée, sinon, ici aussi, la guerre des mémoires trouvera un terrain d’élection.

N’est-ce pas la preuve que cette politique est difficile à mettre en oeuvre ?

En effet : sur Internet, vous n’êtes plus face à « des foules sentimentales avec soif d’idéal », pour reprendre l’expression d’Alain Souchon, mais plutôt face à des masses anonymes avides de pain et de cirque. J’espère que cela n’aura qu’un temps. Comme le disait Voltaire, il faut cultiver son jardin.

Vous préconisez donc de « civiliser Internet ». N’est-ce pas illusoire ?

Internet n’est pas seulement un mode de transmission, un média. C’est aussi un espace de diffusion du savoir. Diffusion un peu désordonnée, voire problématique, comme le montre le débat actuel sur l’omnipotence des moteurs de recherche. Mais il doit devenir un nouveau forum. Bientôt nous voterons sur Internet. Mais, pour cela, l’internaute doit être traité en véritable citoyen, avec des droits et des devoirs. C’est à ce prix qu’Internet produira de la citoyenneté. Pour l’heure, dans la vie virtuelle, les internautes n’ont aucun droit, sauf celui de consommer, de se divertir.

Il s’agit en priorité de créer un habeas corpus numérique. Faire sur Internet pour le XXIe siècle le même effort que les pères de la démocratie moderne au XVIIIe. Retrouver un droit à l’intimité, une distinction plus claire entre espaces – ou services – public et privé, qu’Internet met à mal.

L’oubli est nécessaire : loin de moi l’idée d’organiser une amnésie collective, mais il est indispensable de redonner au citoyen un droit à sa propre histoire sur Internet. S’il faut passer son temps à sécuriser son passé, à désamorcer ce que les ordinateurs vous rebalancent à la figure en permanence, cela deviendra proprement infernal.

Vous portez un diagnostic sévère sur la situation actuelle, mais vous demeurez optimiste. Toutefois, dans le combat entre la vitesse et la durée que vous évoquez, la durée n’a-t-elle pas déjà perdu ?

Elle est mal-en-point. Nous sommes dans une phase de recul. C’est la désynchronisation des temps que j’évoquais. Mais je ne peux pas me résoudre à l’idée que notre société entre dans une ère de barbarie technologique. Je me refuse au pessimisme, c’est une affaire de tempérament et de volonté. Je pense que l’intelligence collective existe, la conscience démocratique aussi.

Propos recueillis par Josyane Savigneau
Article paru dans l’édition du 24.10.09
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